AMIENS: plaque du château d'eau

Amiens Métropole

Direction Patrimoine, culture et équipements culturels en régie

Service du Patrimoine

Unité « Amiens Métropole d'Art et d'Histoire »

Secteur Documentation

 

 

 

 

Présentation de la plaque du Château d'Eau 

Cliché Amiens métropole d'art et d'histoire - J.J Nasoni

Sur l'actuel mur d'enceinte du Château d'Eau d'Amiens, à droite du portail d'entrée, a été replacée une plaque commémorative qui peut paraître d'autant plus intrigante pour des personnes non-averties 1) qu'elle est en latin ; 2) que nul ne semble avoir éprouvé le besoin de l'accompagner d'une traduction ; 3) qu'elle se rapporte plus à l'histoire du Port d'Aval qu'à celle du Château d'Eau lui-même. La présente notice vise donc à fournir aux latinistes et aux non-latinistes quelques éléments d'éclaircissement.

 

 

 

Tout d'abord, il convient de se rappeler que le Château d'Eau a été construit aux abords du Port d'Aval, sur un emplacement qui était jadis occupé par les fortifications. Il fallut donc abattre une partie de ces fortifications et y créer une brèche pour aménager ce port. Ces travaux d'aménagement, commencés en 1738 et terminés en 1743, ne purent se faire que sous l'autorité de l'intendant de Picardie, Jacques Bernard Chauvelin (1685-1762), seul habilité à les autoriser, pour d'évidentes raisons de sécurité militaire, et à les impulser, pour des raisons d'ordre économique. Le texte latin de la plaque rappelle, dans le style caractéristique de  l'époque, cet historique de la construction du port et ces diverses considérations. On sait que l'inscription d'origine, attribuée au poète local Jean-Baptiste Gresset, était rédigée mi en prose et mi en vers et gravée en lettres d'or sur une plaque de marbre noir appliquée sur un piédestal. Elle fut par la suite transportée dans la cour du Château d'Eau. Elle connut manifestement divers avatars (dans tous les sens du mot en français), aboutissant à ce qui paraît être aujourd'hui une copie, gravée sur une plaque tronquée au ras des lettres, brisée par endroits, et replacée à l'extérieur (ce qui paraît plus logique par rapport à  son objet qui est bien : l'aménagement du port) :

 

Ànous  donnons dans un premier temps une transcription, respectant au maximum la taille respective des lettres, l'emploi ou le non-emploi des majuscules et des signes de ponctuation, le centrage des mots, et l'espacement des lignes :

 

 

D.   O.   M.

 

 

AGER ERAT. PORTUM SUBLATO EX AGGERE

NASCI

JUSSIT AMOR PATRIÆ, NEC MORA PORTUS

ERAT.

LIBERIORA HODIE TANDEM COMMERCIA,

TUTUM

MERCIBUS HOSPITIUM CIVES ET HOSPES

HABENT.

DUM QUE FIDELIS AGET REDIVIVOS SOMONA

FLUCTUS,

MUNERIS AUTOREM LAUS REDIVIVA CANET.

TEMPUS EDAX VENERETUR OPUS, VENERENTUR

ET UNDÆ,

PIGNUS AMORIS ERAT, PIGNUS HONORIS

ERIT.

 

EXTRUCTUS EST HIC PORTUS JUBENTE ET

CURANTE D.D. JACOBO BERNARDO

CHAUVELIN

HUJUS-CE PROVINCIÆ

PRETORE VIGILANTISSIMO

 

ANNO SALUTIS REPARATÆ

M. D. CC. XXX VIII. 

Nota : le sens global de l'inscription, éclairé par l'histoire des lieux, et l'épigraphie permettent de bien distinguer le C du G.

Le C, à gauche ci-contre, se termine en bas par un sérif.

Le G, à droite, présente la petite équerre qui remonte vers le haut.

On a donc bien, à la première ligne AGER pour le champ ou la campagne, et AGGER (AGGERE à l'ablatif) pour la levée de terre défensive ...

 

Pour les non-latinistes, nous en proposerons la traduction ci-après, qui essaie de respecter autant qu'il paraît possible le sens des mots en latin et en français : 

 

Sous l'invocation de Dieu très Bon et très Grand